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Ćejf

Dernière mise à jour : 27 juil. 2025

Un jour, alors que je participais à un cours de français à l’Institut, un élève m’apprit un mot propre à sa culture : ćejf.


Cette expression, difficilement traduisible en français, désigne le plaisir de savourer un moment : autour d’un café, d’une cigarette, en pratiquant une passion ou simplement lors d’un instant partagé entre amis.


Dès mes premières semaines dans ce pays, je me suis initiée à cette philosophie de vie en me rendant régulièrement dans les cafés, notamment au Fabrika Coffee, dans le vieux centre de Mostar. J’y allais le samedi après-midi ou le dimanche, lorsque je n’étais pas en randonnée. Seule, je choisissais un coin tranquille, un livre à la main, et je sirotais mon salep — une boisson chaude et veloutée à base de poudre d’orchidée sauvage — en regardant le café se remplir peu à peu à partir de 19 heures. Parfois, un serveur engageait la conversation.


Fabrika Coffee Mostar - Specialty Coffee & Snack


Avec les mois, mes habitudes ont évolué. Si je fréquentais les cafés seule au début, je suis désormais plus souvent accompagnée d’amis. Je vais régulièrement chez Teco, un snack-bar situé dans la partie croate de la ville, plus calme en été, où je déguste leurs smoothies originaux. Il m’arrive encore de rechercher la solitude, un livre à la main — en ce moment, Le Pont sur la Drina d’Ivo Andrić m’accompagne.


Il y a aussi ce petit café perché près du vieux pont : Najstariji Kafić. Il sert du café bosnien, du jus de grenade et des gâteaux traditionnels. La première fois que je l’ai découvert, c’était par hasard, au détour d’une promenade dans le vieux centre. J’avais été attirée par un bâtiment surplombant la Neretva. En m’y aventurant, je suis tombée sur ce lieu animé où hommes et femmes bavardaient joyeusement. Happée par cette chaleur humaine et encouragée par les clients à m’installer, je me suis laissée convaincre. J’y ai passé un moment délicieux, ponctué d’échanges avec un couple originaire de Sarajevo qui m’a raconté des histoires sur leur pays et les lieux à visiter.


J’y suis retournée au printemps avec mon père, venu me rendre visite à Mostar. Ce jour-là, le serveur nous confia une anecdote surprenante : l’empereur austro-hongrois François-Joseph et Sissi auraient visité ce café — et je me serais assise à la même place que cette dernière…


Ainsi, les cafés sont de véritables lieux de sociabilité : on y discute, on y rit, on y refait le monde. La musique, toujours soigneusement choisie, accompagne les conversations. Et le soir, les bars s’animent avec des concerts live ou des quiz très populaires qui rassemblent toutes les générations.


Seul bémol : la musique est souvent trop forte dans les bars des Balkans, et l’on y fume beaucoup. Certains établissements proposent des espaces séparés pour les non-fumeurs, mais cela reste rare. On m’a dit qu’une loi interdisant la cigarette dans les lieux publics avait enfin été adoptée… son application, en revanche, reste à confirmer.


J’ai désormais adopté cet art de vivre qu’est le ćejf : pour moi, cela signifie être confortablement installée, prendre le temps de manger ou de boire, en compagnie d’amis ou d’un bon livre.


 
 
 

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